Avant de débuter cet article sur l’envers négatif de l’économie collaborative, je me permets de préciser certains éléments sur l’entreprise et les raisons de ce post. Si vous désirez directement aller à l’essentiel : sommaire économie collaborative.

Internet est un business et ses enjeux économiques sont parfois « obscurs ». BeDigitalBusiness a été crée autour d’un objectif simple : faciliter votre avenir grâce à une compréhension et un usage plus professionnels du digital. Les services se déclinent à partir de ce but. Nous formons et conseillons sur le digital, également nous éditons des sites facilitateurs : aquidonner et trouverdelargent. J’ai souhaité aborder l’envers négatif du décor de l’économie collaborative car cela m’agace qu’une aussi belle idée que le « agir ensemble », c’est à dire le collaboratif, soit devenue progressivement un attrape-nigaud et porte préjudice à tous ceux qui veulent réellement proposer des services collaboratifs respectueux des différentes parties prenantes.
L’économie collaborative est de plus en plus un secteur dont les ressorts business sont bien cachés à leurs utilisateurs, car leur bonne volonté (ou méconnaissance) est « exploitée ». Elle crée de la richesse, de la plus-value pour des entreprises loin d’avoir une démarche collaborative dans le partage de leur chiffre d’affaires ou des économies réalisées. De mon point de vue, le collaboratif c’est aussi partager la réussite et donc la valeur ajoutée.
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Je n’aborderai pas dans cet article la consommation collaborative acheter, prêter, louer, donner, échanger en groupe ou entre particuliers mais bien les business collaboratifs.
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Sommaire
Tout d’abord, qu’est-ce que l’économie collaborative ?
L’économie collaborative ou le mythe de la libération économique…
Comment ça tu veux que mon / ton assurance couvre les frais ?
La responsabilité juridique des internautes engagée
Je crée et mon produit appartient à quelqu’un d’autre…
Tous pourris ?




Tout d’abord, qu’est-ce que l’économie collaborative ?

Ma définition est assez dure : c’est souvent un business qui se développe par le biais de personnes non payées et sans lien de subordination juridique avec une société.
Les internautes produisent un travail jusqu’à alors réalisé ou/et mené par l’entreprise. Bien souvent, il s’agit de remplacer une fonction / action / démarche coûteuse pour la société, et par conséquence, de réduire le nombre de salariés ou l’emploi de prestataires. Cela peut aussi consister à déplacer le coût du risque juridique de l’entreprise vers les utilisateurs.

  • L’exemple le plus commun est le partage de photos.
    L’utilisateur peut poster gratuitement sur un réseau social, les visuels de son choix (au lieu que ce soit ses équipes qui recherchent des illustrations et ainsi font venir le trafic nécessaire pour la vente d’espaces publicitaires) ; il en parle à ses amis pour qu’ils viennent voir son panneau d’images (du trafic gratuit pour le réseau et donc moins de pub à payer = marketing viral) et en plus l’internaute prend sur lui les risques juridiques liés au droit à l’image (cf. les conditions générales : le dépôt est autorisé à l’internaute que pour des images libres de droit, en cas de problème l’utilisateur accepte d’être considéré comme seul responsable juridique en cas de demande de dommages et intérêts de la part de l’auteur de l’image).
  • D’autres exemples d’économies collaboratives pullulent sur internet et sont plus proches du « travail dissimulé » que du plaisir de partager : faire concevoir sa nouvelle affiche de film par les internautes (au lieu de payer des milliers d’euros ou plus un studio graphique), faire faire sa R&D par des inventeurs non rémunérés (au lieu de créer un centre de R&D et de salarier des ingénieurs, soit plusieurs millions euros d’économiser)

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L’économie collaborative ou le mythe de la libération économique…

Les dirigeants de l’économie collaborative sont souvent des businessmen redoutables qui surfent sur un discours communautaire. Leur communication est bien rodée.
Plusieurs valeurs sont véhiculées en contradiction avec les actions de leur entreprise.

  • faire croire aux internautes que partager c’est cool, que le droit d’auteur c’est old school… sauf pour leur code, leur logo et tout ce qui appartient à leur entreprise
  • faire croire aux internautes qu’ils peuvent tout vendre, tout faire, sans se soucier de la législation… tout en leur demandant dans les conditions générales d’accepter tous les risques juridiques…
  • faire croire aux internautes que participer à la création du produit / service leur permettra au choix d’être célèbres, reconnus comme des bienfaiteurs de l’humanité et donc qu’être payé serait exagéré… tout en facturant le service de co-création avec les internautes à leur client

De plus en plus de soucis sont remontés par les utilisateurs. Bien sûr les conséquences négatives sont niées voire utiliser comme un argument de plus contre l’économie vieillissante qui ne comprend rien. Aux USA et en Europe, les gouvernements s’inquiètent des risques pour les utilisateurs : la méconnaissance de la loi leur font commettre des délits, les impacts fiscaux sont non compris et c’est sans compter, tous ceux encore insoupçonnés.

  • Comment vous défendrez-vous lorsque la création que vous avez déposé sur une plateforme dite « collaborative », aura généré des millions d’euros à une multinationale, alors que vous l’aurez « vendue » en échange de royalties limitées dans le temps, sans avoir pu négocier leur montant, et surtout sans même le comprendre en cochant la case « conditions générales acceptées » ?
  • Pourquoi continuer à embaucher pour des actes que des milliers de personnes acceptent de faire gratuitement dans l’espoir d’être embauché (alors qu’ils détruisent eux-mêmes toute nécessité de le faire) ?

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Comment ça tu veux que mon ton assurance couvre les frais ?

La régulation de l’économie collaborative en question

  • Le contraste entre le discours communautaire et convivial de l’entreprise et le caractère ultra néo-libéral de l’entreprise est criant
    Pour eux, nous n’avons pas besoin de règles et de règlements coûteux, sauf qu’ils construisent une entreprise de plusieurs milliards de dollars sur le dos de ceux-ci. Airbnb prend 10 % du montant des réservations et aucune responsabilité (certes, les incidents sont rares, mais leurs conséquences peuvent être graves). Le fait que Airbnb n’avait pas pensé aux conséquences d’un saccage d’appartement…

Commençons par Uber.
Sa nationalité : américaine
Le business communiqué : permettre à chacun de devenir chauffeur privé, elle se définit comme une structure de co-voiturage
En fait, la structure ne propose pas de co-voiturage en France, mais des chauffeurs privés. Elle ne salarie pas les chauffeurs, ne les assure pas, pas plus qu’elle ne propose de véhicule. Elle n’est pas une nouvelle entreprise dans le secteur de la mobilité, mais une société d’intermédiation. Elle propose de la mise en relation et un système de paiement obligatoires entre ceux qui conduisent et ceux qui veulent être conduits via une application. Elle récupère un pourcentage sur chaque course. Vous trouverez sur internet les tarifs, à priori plus chers que ceux des taxis. Dans l’article proposé, vous découvrirez le cynisme de Uber. Elle fait monter les tarifs des courses après l’ouragan Sandy.
En France, l’activité d’exploitant de voitures de tourisme avec chauffeur est une activité réglementée et donc l’assurance obligatoire (à vérifier soigneusement).
Mais qui paiera en cas de blessures ou d’accidents ?
Dans l’article suivant Uber Driver Sued Over Divisadero Hydrant Crashe, 10/08/2013 , vous avez clairement la politique de Uber en cas d’accident : « Uber contends that it doesn’t “employ” any of its drivers. Instead, they work for licensed and insured limo companies, and Uber is just the means by which they are connected with customers. » Pour résumer, nous n’employons aucun chauffeur, ils travaillent sous leur licence et leur assurance, Uber propose juste une mise en relation avec les clients.
Pour combien d’entre vous qui aviez entendu parler de cette société, il était clair qu’elle n’était pas responsable des chauffeurs ?

MàJ – 23/08/2013
[+] Avec Uber, Google Ventures réalise son plus gros investissement, les échos.

  • Google Ventures, le fonds d’investissement créé par Google en 2009, viendrait d’investir quelque 257,79 millions de dollars dans la société Uber.
  • L’opération dans Uber absorbe donc à elle seule presque 86 % des capacité habituelles de Google Ventures.

Après Uber, concentrons-nous sur les services de sous-location de la société AirBnB

Sa nationalité : américaine
Le business communiqué : permettre à chacun de mettre en location / louer un lieu temporairement
Vous découvrirez dans l’article que la société n’est pas dans le secteur de l’immobilier, mais dans l’intermédiation. Vous apprendrez également que l’assurance de votre propriétaire ne couvre pas les dégâts de votre sous-locataire occasionnel sans compter que les impôts attendent une déclaration des sommes récoltées, que la loi vous interdit de sous-louer et vous demande de respecter le bien-être de vos voisins, peu heureux d’avoir toutes les semaines de nouveaux sous-locataires en goguette… Plusieurs villes américaines ont déjà interdit ce système.
– Un autre article sur cette société : Louer son appart sur Airbnb, est-ce légal en France?, les inrocks, 02/07/2013

  • La prévention d’Airbnb ? Recommander à ses utilisateurs de ne pas transgresser la loi. Débrouillez-vous avec ça
  • Pour les locataires, la sous-location est interdite, sans accord du propriétaire. Il s’agit de savoir si la sous-location, courante sur Airbnb, est pratiquée dans les règles. Pour les propriétaires, c’est la location de résidences principales qui est interdite, sur une longue durée.

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La responsabilité juridique des internautes engagée

Section rajoutée le 3 septembre 2013
Vos commentaires sur TripAdvisor peuvent vous mener au tribunal, BFMTV.com

  • TripAdvisor
    Sa nationalité : américaine
    Le business communiqué : permettre à chacun de sélectionner le meilleur séjour grâce aux avis laissés par les clients précédents
    Le vrai business est là aussi de l’intermédiation. Le business model est basé sur la vente d’espace publicitaire ou de services marketing pour les hôteliers et autres pour améliorer leur fiche (plusieurs milliers d’euros par an)
    – Sa valeur ajoutée est pour les internautes : les avis laissés par les autres utilisateurs. Cette valeur ajoutée est obtenue gratuitement par TripAdvisor et ce n’est pas la seule. En effet, aucun argent est versé à l’internaute pour son avis, mais pas plus que pour son travail comme la mise en ligne d’une nouvelle fiche sur un établissement. Evidemment, à cela s’ajoute des bénéfices importants comme l’impact positif de tout ce contenu rédigé constamment par des centaines de mains à travers le monde qui lui permet d’être bien placé sur Google, grâce au SEO (référencement naturel). De plus, les émetteurs d’avis adorent les mettre sur leur page facebook et TripAdvisor a donc une présence dans les réseaux sociaux importante. Pour résumer, moins de coûts de fabrication de contenu et publicitaire et en plus un budget juridique bien employé.
    – En effet juridiquement, TripAdvisor a su se protéger. L’internaute est peu informé que son commentaire l’expose à des poursuites pénales, et pas la société. Il a coché la case « j’accepte les conditions générales » qui dédouane l’entreprise. L’article de BFMTV.com vous indiquera les détails de l’histoire qui défraie actuellement le monde du collaboratif. Pour résumer, un hôtelier demande 70.000 euros de dommages et intérêts à un internaute pour critique mensongère sur son établissement. Si les internautes se mettent à comprendre les risques juridiques…

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Je crée et mon produit appartient à quelqu’un d’autre, mais j’ai mon nom, là en bas en police 10 dans l’avant-avant dernière page du livret d’explications

Quirky fait passer le crowdsourcing à l’ère industrielle, 01net.com

  • Ben Kaufman va même jusqu’à prendre possession de l’idée du projet et déposer les brevets au nom de Quirky, en échange de royalties pour l’inventeur

Auchan lance le commerce collaboratif avec Quircky, e-marketing.fr

  • Quirky, l’entreprise, basée à New York, va réaliser cette année 35 millions de dollars de CA et vise 100 millions en 2013.

Quirky
Sa nationalité : américaine
Le business communiqué : permettre à chacun de voir un produit qu’il a inventé être vendu
Quirky est une plateforme américaine payante qui permet aux internautes de proposer leur idée de produits à fabriquer. Ils peuvent y déposer leurs plans après avoir payé 10$. Si l’idée arrive à générer des pré-ventes, la structure conçoit le produit et le vend, bien sûr le brevet est déposé au nom de la société et non à celui de l’internaute… Là, Auchan va proposer ce « service » collaboratif.
Il est facile de comprendre pourquoi c’est rentable pour Quirky et Auchan. Auchan est le 2ème groupe de distribution français dans le monde. Pour les fabricants, jusqu’à présent, la R&D (recherche et développement) et le lancement de produit sont des investissements importants faits dans l’espoir de faire des ventes. Et désormais, ce n’est plus de l’investissement, en effet celui qui a l’idée vous verse 10$ pour vous la proposer (!) et accepte d’être « rémunéré » que si des ventes ont lieu et de n’être pas considéré comme l’inventeur (pas de brevet à son nom).

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Tous pourris ?

Évidemment que non 🙂
Des sociétés basées sur l’économie collaborative sont sincères, font attention à leurs clients et partenaires. Avant de vous lancer, vérifiez bien la loi et si des ennuis possibles sont couverts par votre assurance ou la leur.
Je n’ai pas abordé la « consommation collaborative ». Les achats groupés sont un pan de l’économie collaborative. Parfois, ils permettent de véritables économies, parfois ils recèlent quelques loups…. dernièrement, des sociétés lancées dans le domaine ont fermé avec perte et fracas.

Soyez des acteurs et des consommateurs collaboratifs heureux en vous informant consciencieusement 🙂

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